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Les manuscrits de Tombouctou révèlent l’Afrique scientifique.
Dans les rayonnages des bibliothèques de Tombouctou, au Mali, les chercheurs du programme de sauvegarde des manuscrits retrouvent les racines de la science africaine. Les érudits du Royaume de Songhaï ne se contentaient pas de reproduire les idées du monde musulman mais élaboraient aussi leur propre savoir.
Ici Cemac - Cameroon-source RFI- 24-08-07

En 2000, l’UNESCO, l’agence des Nations unies pour l’Education, la Science et la Culture lance un programme de sauvegarde des manuscrits des bibliothèques de Tombouctou, au Mali.

Le projet consiste à identifier, collecter, numériser les centaines de milliers d’ouvrages, pour certains datant du 13ème siècle, détenus par les bibliothèques publiques et privées de Tombouctou et de la région.

De nombreux gouvernements et institutions étrangères comme l’agence norvégienne de coopération universitaire, la Fondation Ford et le Smithsonian Institute se sont investis dans le programme de sauvegarde, qui est, par ailleurs, le tout premier projet culturel soutenu par le NEPAD (Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique).

A la fin de l’année 2007, une exposition de manuscrits se tiendra à Bamako, qui concluera la participation de l’Unesco au projet.

« Le sel vient du nord, l’or vient du sud et l’argent du pays des Blancs, mais la parole de Dieu et les trésors de la sagesse ne se trouvent qu’à Tombouctou. »

Le savoir de Tombouctou

Tombouctou a été longtemps le symbole d’une destination exotique et isolée pour les Européens.Mais pour tout le continent africain, elle était une ville au carrefour des commerces et des idées. Phare de l’enseignement religieux, philosophique, des cultures, au temps du Royaume de Songhaï (XIIème au XVIème siècle).

Les marchands arabes venaient à Tombouctou troquer le sel et d’autres biens contre l’or et l’ivoire. Dans leurs ballots, il y avait des livres dont la mosquée de Sankore et son complexe universitaire (25000 étudiants) étaient friands.

Des familles de la région possédaient aussi leurs propres bibliothèques. Elles commandaient la copie des livres à tout un petit peuple de scribes et de relieurs. D’autres ayant fui la Reconquista (la période de reconquête chrétienne espagnole du XIème au XVIème siècle) ont emporté avec eux à Tombouctou, les manuscrits des lettrés de Grenade (Espagne).

Entre 700 000 et 1 million de manuscrits

En 1964, l’agence des Nations unies pour l’Education, la Science et la Culture (Unesco) s’intéresse pour la première fois aux bibliothèques de Tombouctou. Commence un vaste travail de collecte de textes dans les familles qu’il faut convaincre de léguer un « héritage familial ».

Environ 200 bibliothèques privées ont été identifiées mais les chercheurs savent qu’il faut continuer à prospecter dans les familles pour retrouver les trésors du savoir de Tombouctou.

En 2000, l’Unesco lance une nouvelle phase de son programme de sauvegarde qui inclut la formation de personnel local au travail de reliure et de conservation des manuscrits ainsi que leur numérisation.

Les manuscrits ont souffert du sable, du vent, de la chaleur, du feu, des termites, de la transpiration, des manipulations mais aussi du fer contenu dans les encres qui ont servi aux copies au XIXème siècle, de l’acidité du papier et de la corrosion par le métal des coffres dans lesquels ils étaient enfermés.

Entre les textes d’une seule et unique page et les ouvrages reliés de 500 pages, s’étale toute une histoire sociale, ponctuée de textes juridiques, contrats commerciaux (dont ceux de l’esclavage), sermons religieux,contes et poésies.

Les textes sont majoritairement rédigés en arabe. D’autres sont transcrits en langues nationales, en haoussa, songhaï.

La « science » africaine

Pour les chercheurs, la surprise a été de découvrir que de nombreux textes reflétaient les connaissances scientifiques développées entre le VIIIème et le XVIème siècle en Inde, en Chine, en Grèce et à Bagdad. Ce qui amène à une période antérieur à l’arrivée des Européen. Jusqu’à présent, on pensait que le continent africain était resté en dehors de l’influence de ce savoir, et que ce n’est qu’après la conquête européenne que les mathématiques et l’astronomie avaient pris souche.

« Les scientifiques occidentaux pensaient que le savoir scientifique n’avait pénétré l’Afrique, qu’après l’arrivée des Européens sur le continent » (Thebe Medupe, astrophysicien).

En 2006, une équipe de chercheurs de l’Université du Cap (Afrique du Sud) s’est associée avec l’Université de Bamako (Mali) pour traduire des manuscrits. Leur objectif était de découvrir la profondeur des connaissances en mathématiques des savants de Tombouctou, de savoir si ceux-ci observaient les phénomènes astronomiques et quelles conclusions, ils en tiraient.

14 manuscrits sur les milliers qui les attendent ont déjà été traduits. L’un d’entre eux, écrit en 1723 par Abul Abbas, un érudit de Tombouctou, est un commentaire de plusieurs travaux réalisés par d’autres savant.

Trois cents ans après le traité de Copernic qui place le Soleil au centre de notre système de planète, le texte décrit un universde planètes tournant autour de la Terre.« Ce texte prouve que les astronomes de Tombouctou n’étaient pas en contact avec leurs collègues européens », explique Thebe Medupe, le directeur sud-africain du projet « mais qu’ils tiraient leurs connaissances des travaux des savants des autres pays musulmans ».

Les manuscrits contiennent les même concepts et les même erreurs que les textes orientaux. Les calculs mathématique et la géométrie utilisés à Tombouctou s’apparentent aussi à ceux utilisés par les érudits du Proche -Orient.

Pour Thebe Medupe, cette seule découverte est un énorme pas en avant. « Je crois que si les Africains sont sous-représentés dans les sciences aujourd’hui c’est parce qu’ils ne se sont pas vus dans les livres de sciences. Maintenant, ils pourront s’y retrouver ».

L’Arabie Saoudite a accordé le 14 août dernier une nouvelle donation à l’Institut des hautes études et des recherches islamiques Ahmed baba de Tombouctou, qui détient près de 30 000 manuscrits. Dans la donation, un véhicule tout-terrain « pour aller chercher les manuscrits détenus par les familles ».

Source : RFI
 
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